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Qu’en est-il de la sinologie d’aujourd’hui?

Lors de la tenue de l’école d’été sur la Chine du Cérium, j’ai mis la main sur un ouvrage sur la sinologie du professeur Charles Le Blanc, paru au presses de l’Université de Montréal, Sinologue. J’étais fort curieux de savoir ce que ce petit livre de la collection Profession avait à dire de l’état de cette profession, surtout à l’ère d’aujourd’hui où la Chine semble toujours prise de profondes convulsions et occuper une place beaucoup plus grande sur la scène internationale. Plus que jamais la connaissance de ce pays et de sa culture est-elle un enjeu critique des relations Chine-Occident et joue-t-elle un rôle dans la définition et le déroulement de son intégration au monde. Comme Le Blanc l’annonce dans son introduction, la sinologie a deux objets, soit de connaître la Chine, ainsi que de la faire connaître à l’Occident.

Matteo Ricci portant une carteLe Blanc a plutôt choisi de nous entretenir des fondements de la culture chinoise, en commençant par faire l’historiographie de la discipline de la sinologie en tant qu’entité surtout académique. Celle-ci se déploie en trois temps. D’abord l’époque de la sinologie imaginaire, alimentée par les récits des explorateurs comme Marco Polo et ses frères. La sinologie religieuse suivra (XVIième à fin XVIIIième) principalement avec les travaux des frères jésuites, entre autres communautés présentes en Chine. Enfin, le troisième temps du développement de la sinologie (à partir du XVIIIième s.) concerne une approche plus scientifique. Selon Le Blanc, la sinologie est étroitement associée à une étude poussée de la langue chinoise, permettant des travaux sur la base de sources de première main et une étude sémantique de la culture. L’auteur fait ensuite un exposé sur les principaux débats de fond qui existent en sinologie et qui persistent jusqu’à aujourd’hui. Les thèmes énoncés couvrent la langue et l’écriture chinoise, la division du temps, la conception du monde à travers les grands mouvements de pensées et philosophiques, ainsi que la dimension socio-politique.

Force est de constater en lisant l’ouvrage que pratiquement aucune attention n’a été apportée à décrire la profession de sinologue aujourd’hui, puisque presque rien n’est mentionné sur le domaine après le début du XXième siècle. Même la section sur le monde politique, un aspect particulièrement important du monde chinois en ce début du XXIième siècle, ne concerne surtout que la description des racines des institutions chinoises, qui en font un objet se démarquant fondamentalement des conceptions occidentales. Ce n’est qu’à la toute fin, dans les trois derniers paragraphes de la conclusion, que l’auteur s’occupe de discuter de la sinologie actuelle. Il mentionne qu’il existe une insistance plus marquée pour l’étude de la linguistique, de la littérature et de l’anthropologie culturelle. Il énonce ensuite les domaines de formation professionnelle et de science appliquée qui attirent les étudiants et qui permettent de se trouver un travail relié à la Chine, comme l’économie, le commerce, la gestion et le droit international, mais en posant tout de même l’apprentissage poussé de la langue comme une condition sine qua none de la formation de tout sinologue.

Que dire de la culture chinoise d’aujourd’hui?Malgré la qualité de l’ouvrage à établir les bases nécessaires à l’étude approfondie de la Chine, même contemporaine, il n’en demeure pas moins que son approche est loin d’être actuelle, mais plutôt passéiste. Il n’informe pas tant le lecteur sur la sinologie comme profession que comme discipline académique. Quant à la place que serait appelé à occuper un sinologue dans une démarche plus appliquée, en tant que professionnel, il n’est pas question. Après plus de trente ans de politique de modernisation et d’ouverture, ce ne sont pourtant pas les questions qui manquent. La sinologie, même perçue uniquement sous son angle académique, ne pourrait-elle pas s’attarder à des enjeux pratiques auxquels sont confrontés les professionnels à l’œuvre dans la Chine d’aujourd’hui? En tant que démarche multidisciplinaire, pourquoi laisser l’étude de ces enjeux à d’autres disciplines?

J’aurais aimé que le livre brosse un tableau de ce à quoi s’intéressent les spécialistes d’aujourd’hui quand on aborde le sujet de la chine. Quel rôle la méconnaissance joue-t-il dans la perception qu’on les Chinois de l’autre et inversement? Les china hands du temps passé, ces étrangers devenus interprètes culturels fourbus aux us et coutumes locales, de même qu’aux pratiques commerciales en vogue, ont-ils un pendant contemporain? Quelle explication offrir si ce n’est pas le cas? Le rapport de la Chine à l’autre est-ils également sujet de la sinologie? Jusqu’à quel point la culture chinoise, à jamais teinté de son histoire mais aussi influencée par la mondialisation que n’importe quelle autre, gagnerait à être davantage interprétée à l’aulne du contexte actuel, fluctuante, métissée tant à l’interne qu’avec des cultures étrangères, parfois hybride, à cheval sur des idéaux hérités de diverses phases historiques et d’une subversive soif de renouveau? Les sinologues professionnels peuvent-ils faire valoir leurs connaissances aux côtés de juristes, de délégués commerciaux et de diplomates, ou doivent-ils se travestir en acquérant littéralement une double formation? Quelle est leur place dans les institutions internationales? Au-delà des aptitudes linguistiques, quelles sont les autres compétences pratiques qui seraient plus judicieusement le propre des sinologues? Et que dire de nombreux Chinois d’outre mer (华侨), souvent aux premières lignes des rapports Chine-Occident? Ne transforment-ils pas les perspectives possibles de l’Occident sur la Chine, donc la sinologie elle-même?

À n’en pas douter, le sujet de la sinologie est vaste, complexe et particulier, et le problème se pose de devoir à chaque ouvrage remonter aux fondements de l’histoire de la Chine et de la culture chinoise. L’effet de cette contrainte sur ce livre m’a clairement laissé sur ma faim. Il existe aussi un attrait pour la « chose » chinoise dans notre culture qui remonte aux chinoiseries, un goût pour l’exotisme et un souci de fixer dans le folklore, qui se refuse à s’ancrer dans la réalité du présent, et à puiser dans la réalité de la culture populaire. J’espère sincèrement que d’autres ouvrages relevant de la sinologie tentent de réagir à ce problème et d’y apporter des solutions.

N’hésitez pas à laisser des suggestions de tels ouvrages dans la section commentaires.

88, Place de Chine en hiatus!

Vous le remarquerez en parcourant le contenu du site: presque rien n’est récent. C’est que j’ai du marquer une bonne pause dans la rédaction de billets à mettre dans ces pages, m’employant à  d’autres entreprises demandant toute ma disponibilité.

Si vous en aimez le contenu, en parcourant les liens dans le menu de droite, je vous conseille de visiter le blogue Comme les chinois, mis sur pied par des passionnés de Chine qui, sans le vouloir, réalisent ce que j’aurais voulu créer dans ces pages, c’est-à-dire une communauté de contributeurs et de lecteurs passionnés par la nouvelle réalité qu’est la Chine dans nos vies. Leur site se concentre un peu sur Montréal et moins sur le Québec, mais je n’ai pas l’impression que c’est exclusif. Ceci dit je vous souhaite une bonne lecture, et bonne découverte!

Un lecteur de 88, Place de Chine vient de me communiquer l’offre d’emploi suivante, qui nécessite une certaine connaissance de la langue chinoise:

“Une entreprise de Brossard recherche une adjoint(e) administratif(ve).

Cette personne doit parler et écrire:
- Français
- Anglais
- Mandarin

Outil de travail:
Microsoft office

Ce poste est permanent et représente 35 heures de travail par semaine.

SVP contacter:
Claude Bujold, msc
(418) 998-4075

Free Tibet Cérium.caLe Centre d’études de l’Asie de l’Est de l’Université de Montréal et le Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal tiendront ce jeudi le 10 avril à 16h30 une table ronde sur le thème de la crise qui prévaut actuellement en Chine, et plus particulièrement au Tibet, entourant les manifestations par des Tibétains et leur répression par la force par le gouvernement chinois. La table ronde aura lieu au Pavillon situé au 3744 Jean-Brillant (le Cétase est situé au 4e étage et le Cérium au 6e étage).

4 spécialistes invités

David Ownby, directeur du Cétase, discutera de la ’gestion du fait religieux dans la Chine d’après-Mao’. Marc Des Jardins, assistant professeur pour les religions de Chine et du Tibet à l’Université Concordia, discutera de la situation tibétaine au delà de ses frontières politiques actuelles (référant au ’Grand Tibet’). Zhiming Chen, professeur adjoint au département de science politique de l’Université de Montréal, présentera le ’regard d’un politologue chinois’. Enfin, Fred Bild, ancien ambassadeur du Canada en Chine (1990-94) et professeur invité au Cétase, partagera ses ’réflexions diplomatiques’ sur le sujet du cas du Tibet.

Cette annonce à été publiée sur la liste d’envoi du Cérium (info. 514-343-7536).

À l’occasion de la journée internationale de la femme qui se tient le 8 mars, nous en profitons pour vous parler de la femme chinoise, mais par l’intermédiaires de courts vidéos sur la scène artistique chinoise postés dans le site Youtube.

Faye Wong, célèbre chanteuse et actrice chinoise, femme de carrière atypique, en première page du PostMagazine. Solitary Star, y lit-on, mais pas pour longtemps. Photo: 770 dans Flickr (cc)Les idoles instantanée ou les électrons libres et talentueux du milieu artistique, s’ils ne représentent pas nécessairement l’ensemble de la société, incarnent souvent de façon éloquente ses aspirations et ses préoccupations, laissant présager des changements à venir. Ainsi les portraits de femmes qui sont présentés dans les vidéos qui vont suivre ne ont pas à l’image de toutes les femmes chinoises, mais démontrent hors de tout doute que nous n’en sommes plus à l’époque des pieds bandés, ou de la femme soldat asexuée sous les ordres de Mao. On y parle de modèles qui enfreignent et repoussent les limites de ce qui est considéré comme “acceptable”, mais qui créent peu à peu une nouvelle place et élargissent l’univers des possibles pour la génération montante.

En musique

Voici un petit vidéo qui explique, par des entrevues, le parcours de deux jeunes musiciennes de la scène de Beijing, des groupes Hedgehog et Carsick Cars. La capitale a depuis les années 80 été le creuset et le théâtre où ont évolué de nombreux groupe à la musique dite “rebelle”, peut-être à cause du caractère foncièrement politique du climat social pékinois. Des talents de partout au pays s’y donnaient rendez-vous et tâtaient de cette musique occidentale dans les bars clandestins et des appartements. Aujourd’hui, le genre s’est diversifié et commercialisé, s’étendant à toute la Chine. Les précurseur ayant tracé la voie pour les autres, on entend des créations de tous les styles musicaux sur les ondes et dans les petits bars.

Dans le vidéo, il est brièvement question des “Supergirl“. Il s’agit d’une émission chinoise extrêmement populaire, du même genre que Star Académie. En 2005, le choix de Li Yuchun comme gagnante avait provoqué un tollé général car on disait qu’elle ne représentait pas la jeune fille chinoise avec son look androgyne (la coupe à la garçon) et son attitude aggressive. Début 2006, son look était à la mode chez une certaine partie de la population estudiantine. Enfin, comme l’affirme la protagoniste du vidéo, les concours comme Supergirl ne font pas l’unanimité dans la communauté artistique.

Ce n’est tout de même pas facile de faire carrière en Chine, ne serait-ce qu’à cause du piratage qui ne permet pas de grands profits. La censure, l’auto-censure et les pratiques commerciales erratiques sont d’autres freins à l’émergence d’un marché musical comprable à ce qu’on retrouve ici. Les musiciens doivent provenir des classes aisées, ou encore se vouer à une existence qui ressemble plus à une vocation qu’à une carrière, c’est-à-dire vivre de maigres revenus, ne pas attendre de reconnaissance sociale et vivre sur la route, tout en entendant votre matériel jouer sur les ondes et se vendre dans les magasins à la grandeur du pays, sans toucher la moindre redevance. L’alternative est de percer dans le monde chinois, en dehors de la Chine, où des majors contrôlent et se partagent les parts de marché, mais qui décident pour une large part de la nature du produit.

Il serait injuste de ne pas mentionner que le foisonnement musical est aussi plus que présent à Shanghai, la “Paris de l’Orient” qui semble renaître de ses cendres tel un phoénix (animal très présent dans l’imagerie chinoise. L’impératrice était considérée comme un phoénix, l’empereur comme un dragon). Dans les années 1930-1940, Shanghai constituait une plaque tournante du Jazz international. Les grands noms venaient s’y produire et la scène locale comptait son lot de femmes actrices et chanteuses de Jazz, comme la célèbre Zhou Xuan qui jazzait en anglais et en chinois. Dans un espèce de revivalism” mu par la nostalgie, ou par un permanent besoin de contrebalancer la place que prend sa rivale Beijing sur le plan politique, la ville de Shanghai se développe à nouveau comme à cette époque révolue, et le Jazz y reprend également sa place.

Une membre du groupe Cold Fairyland joue du Pipa par nozomiiqel sur Flickr (cc)Le vidéo qui suit présente un groupe particulier de la scène musicale shanghaïenne, Cold Fairyland (冷酷仙境, Lěngkù Xiānjìng), qui se produit dans un local situé en dehors des sentiers battus, le YuYinTang. Ce groupe a la particularité qu’il marie des élément de rock et de musique traditionnelle chinoise. Vous pouvez consulter d’autres vidéos à leur sujet dans leur page MySpace, en cherchant le mot clé coldfairyland. Le groupe compte notamment plusieurs femmes à son actif, qui récupèrent et s’approprie le rôle traditionnel de la joueuse de Pípá (琵琶, luth chinois) ou de Gǔzhēng (古箏, cithare chinoise).

Le vidéo était initialement tourné pour GigShanghai, un cannal Youtube qui montre la scène musicale shanghaienne actuelle (entrevue avec des groupes, performances). La qualité du son n’étant pas très bonne, je vous recommande toutefois de vous rendre dans leur page MySpace pour vous faire une meilleure idée (on peut y écouter certaines de leur chansons)

En vidéo: ces femmes cinématographes

Enfin, voici un vidéo sur un projet de promotion de femmes cinématographes au Yunnan, une province montagneuse du Sud de la chine (au Sud du Sichuan) où l’on retrouve une très grande diversité ethnique. Dans le vidéo, on interroge la productrice du projet Yunnan New Film Project, Lola.


LiensLe Yugongyishan, un des bars cool du quartier Sanlitun, à Beijing, où se produisent nombre de ces groupes expérimentant sur des voies différentes de la musique pop chinoise…. Je fais un extra. Voici un vidéo de GigShanghai couvrant la performance du groupe pékinois Hedgehog à son passage là-bas. Écoutez ce vidéo pour voir la première intervenante, interrogée plus haut, en action. Mettez vos lunettes anti-brouillard, car la visibilité est nulle, et vos bouchons, car le son est très mauvais, mais les commentaires recueillies vox-populi à la fin valent la peine!

Un des principaux problèmes quand vient le temps de parler de la Chine est la quasi incomparable largeur du sujet. Les scientifiques, les entrepreneurs expérimentés ayant séjourné longtemps sur le terrain, les “China hands”, ces sinologues du terrain, rompus à la culture chinoise et ses ramifications, tous cherchent un procédé pour en parler d’une façon rendant justice à sa complexité, mais suffisamment concise pour ne pas y perdre le néophyte.

Le film documentaire Sur le Yangzi (Up the Yangtze) fait étonnamment bonne figure dans ce domaine, utilisant la métaphore de la construction du Barrage des Trois-Gorges, sur le fleuve Yangzi, au Sichuan, pour se livrer à un discours éloquent sur la modernisation et ses effets délétères sur la société chinoise. Il s’agit d’un documentaire réalisé par Yung Chang, un montréalais aux origines familiales chinoises, en collaboration avec l’ONF.

Yu Shui (Photo: ONF)Rappelant la forme singulièrement courbée des barrages, le propos sur la « Chine qui se transforme » se déploie par l’intermédiaire d’une parabole, pour arriver aux oreilles et aux yeux interpellés des spectateurs. On suit dès le départ le quotidien d’une famille de paysans habitant sur les rives du majestueux fleuve (autrefois appelé fleuve bleu), dont les berges sont vouées à être inondées à l’occasion de la construction du Barrage des Trois Gorges en aval. Vivant dans une pauvreté extrême, la famille est forcée d’envoyer sa fille aînée, Cindy Yu Shui, travailler sur l’un des bateaux croisière de luxe transportant les touristes jusqu’au barrage. En parallèle, on suit également le cheminement d’un jeune garçon de la classe moyenne urbaine, Jerry Chen Bo-yu, qui travaille aussi sur le bateau. Les deux nourrissent ainsi leurs ambitions respectives. Pour l’une, il s’agit de subvenir aux besoin de sa famille sans le sou, sur le point d’être définitivement expropriée par le système, et de nourrir l’espoir d’un jour payer pour ses études. Pour l’autre, cela signifie de gagner sa vie grassement et d’accéder au rêve de nombreux chinois d’aujourd’hui: de s’élever à un niveau de vie bien au-delà de celui que la génération précédente pouvait espérer atteindre. Le récit se déroule sur un fond de rencontre culturelle entre les touristes attirés par ces « croisières d’adieu » aux rives du fleuve Yangzi, dont les 5000 ans d’histoire sont sur le point d’être englouties, et cette Chine qui se transforme en disposant des ressources et des rêves de nombreux de ses concitoyens au passage, tel un serpent jette sa vieille peau après la mue. On suit les deux protagonistes, leur famille et leurs amis, dans une série d’éveils et de remises en question sur la véritable nature de la culture chinoise, du développement national et des difficultés de la vie en général. Pour la jeune Yu Shui, l’expérience relatée dans le film rejoint le thème universel du passage, précipité dans son cas, à la vie adulte, alors qu’elle se voit éloignée de sa famille et subvenant elle-même à ses besoins.

Famille Yu (Photo: ONF)Le film se situe à la frontière du documentaire et du récit de fiction, et rappelle la forme du film ethnographique. Lui-même d’origine non-chinoise (né au Canada et habitant à Montréal), mais parlant la langue et ayant ses racine lointaine en terre chinoise, le réalisateur parvient, en montrant le quotidien et les péripéties des protagonistes (grâce à une proximité au sujet et un traitement parfois voisin de la télé-réalité), à faire ressortir les aspects culturels des problèmes soulevés dans le récit. Dans ce sens, une grande force du film est qu’il arrive à faire connaître la Chine de l’intérieur, par des scènes variées où les contrastes profonds de la civilisation chinoise se rencontrent. Cela se joue par exemple dans les relations entre les paysans illettrés et les membres des classes plus aisées, comme dans la façon dont Cindy Yu Shui est perçue différemment par les autres membres de l’équipage, ou la rencontre des ruraux aves les citadins, les membres de minorités et les chinois d’origine Han, etc. À mile lieues de ces frictions, l’imperméabilité des touristes occidentaux à la réalité de la Chine actuelle, encore plus face au vécu des strates moins nanties de la société, est presque constamment rappelée par le pastiche et la mise en scène à laquelle ils sont soumis. On en vient à croire qu’ils sont une sorte de « super-classe », formant un échelon supplémentaire du système chinois, situé juste au dessus de la classe aisée, relativement détachée du sort des plus pauvres.

M. Yu sur la berge (Photo:ONF)          Certaines images étaient particulièrement touchantes, comme ces riverains observant la crue des eaux ainsi que le déménagement in extremis de la famille Yu au dernier moment, alors que les eaux entourent leur maison. L’image de ces paysans convertis par la force des choses en main-d’œuvre à bas prix sur les chantiers d’aménagement des berges (en prévision de la crue des eaux), sorte de force brute travaillant avec des outils aussi rudimentaires que le pic, le marteau et la barre de fer, rappelle aussi que toute les époques de l’histoire de la Chine se jouent encore aujourd’hui, alors que ces lignes sont écrites; le destin de ces paysans partage des affinités effarantes avec des bâtisseurs de la Grande Muraille, deux mile ans auparavant. Enfin, la candeur et la sincérité des deux principaux protagonistes, se livrant tout entiers à la caméra, emplit le spectateur d’une pénétrante sympathie.

          Malgré tout, le traitement laisse parfois perplexe. On se demande souvent s’il s’agit purement et simplement d’une mise en scène, ou si les personnages présentés à l’écran parlent d’eux-mêmes. Comment la production du film n’a-t-elle pas pu influencer significativement le parcours des personnages? Ce qu’on voit à l’écran dépend très certainement en partie du tournage, alors comment cela représente-t-il réellement ce qui se passe en réalité, et comment ne s’agit-il là que de la projection d’un projet de tournage conduit par une équipe à la perspective occidentale? Quoiqu’il en soit de cette question, les images parlent souvent d’elles-mêmes, et le résultat vaut tout de même son pesant d’or en pertinence.

Touristes Up the Yangtze (Photo:ONF)

          Production adroitement menée, au rendu esthétique laissant son empreinte dans la mémoire, le film s’est valu un accueil chaleureux de la critique. Ce ne sont pas les berges du Yangzi qui demeurent les vedettes du film, mais les personnages empreints d’humanités qui l’habitent entièrement, du début à la fin.

Il est assez comique de voir s’immiscer certains détails qui laissent comprendre qu’il s’agit d’une production québécoise, comme la mention par le directeur du personnel du bateau, lors d’une formation donnée aux employés, du séparatisme québécois. Ou encore, dispersée tout au long du film, la fine et agréable musique de la joueuse de pipa montréalaise Liu Fang (d’origine chinoise, il va sans dire). Enfin, les premiers organismes subventionnaires mentionnés au générique relèvent du gouvernement provincial. Pour cette fois, ce sera pour le financement public une pierre qui sera tombée directement sur la cible, et on les en remercie.


Liens à consulter:

Si vous avez aimé, voir aussi

Une bande annonce du film Up the Yangtze, diffusée dans Youtube par l’ONF:

[Youtube http://ca.youtube.com/watch?v=4TxC9_CTKoQ]

Reportage de Radio-Canada sur Liu Fang, jouant du Guzheng, la Cithare chinoise, et du Pipa, le luth chinois, diffusé dans Youtube:

*Conférence: Le travail en Chine

Construction Worker par Saad.Akhtar sur Flickr (CC)Éric Boulanger, chercheur pour le Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation (CÉIM) donnera une conférence intitulée “Le travail en Chine: coincé entre la mondialisation économique et l’autoritarisme politique“.

La conférence aura lieu le vendredi 22 février 2008 au local A-1715 du pavillon Hubert-Aquin, à l’université du Québec à Montréal.

Cette conférence est organisée conjointement par le Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation (CÉIM) et le groupe Gouvernance Globale du Travail (GGT)

ESPN WATER CUBEDans son édition du 29 janvier 2008, le quotidien montréalais LeDevoir faisait état de l’inauguration en grandes pompes du “cube d’eau” de Pékin, soit le Centre aquatique national, où se tiendront notamment les épreuves des disciplines olympiques aquatiques en août prochain, à l’occasion des jeux olympiques. L’article, intitulé JO 2008: Pékin inaugure son Cube d’eau, hôte des épreuves de natation, mentionne que les 200 millions de dollars ayant été nécessaires à sa construction ont été déboursés principalement par les communautés chinoises d’outre-mer, dont l’argent aurait transité par des institutions financière de Hong Kong, Macao et Taiwan. L’Australie a été pour sa part un des partenaires principaux du chantier et du design du projet.

La membrane de plastique recouvrant la coque d’acier, quoiqu’elle laisse passer les rayons du soleil et permette des économies de chauffage de plus de 30% selon les responsables du chantier, ne réussissait apparemment pas, le jour de l’inauguration, à palier à la pollution de l’air de Pékin, un des problèmes graves de la ville au parc automobile en pleine explosion. Elle était recouverte d’une fine pellicule de poussière qui atténuait l’effet de surprise prévisible à quiconque se retrouve pour la première fois devant une telle construction. Selon les responsables, la poussière origine pour l’instant surtout des chantiers de constructions environnants de la cité olympique, et un nettoyage sera bien suffisant pour redonner à l’édifice tout son lustre.

Un visionnement de ce reportage de la télévision chinoise CCTV9, posté sur Youtube, est tout à fait recommandé afin de se faire une idée de ce en quoi consiste exactement ce “cube d’eau”.

[Youtube http://www.youtube.com/v/_m8FpNbNewQ]

*Son: Métro de Beijing

http://www.archive.org/download/ChineseSoundscape-BeijingMetro/060119SonDansLeMetro.mp3

Un bref retour sur la récente visite en Chine de la ministre Monique Gagnon-Tremblay, chef du ministère des Relations internationales du Québec, et la tenue de la Dictée des Amériques à Shanghai en décembre dernier.

Dans l’article Québec-Chine: Plein Gaz publié sur le site web du ministère, il est notamment confirmé que le nombre de traducteurs stagiaires du Québec travaillant au siège du Comité organisateur des Jeux olympiques de Beijing sera doublé. L’article fait également état des rencontres entre la ministre et des responsables de la Aviation Industry of China, du Ministère de la Science et de la Technologie et des autorités de la province du Shandong, dans la ville de Jinan.

La Dictée des Amériques à Shanghai!

Un second article paru en même temps sur le site du ministère, Shanghai: à vos crayons, prêts, partez!, relate que la Dictée des Amériques a été tenue à Shanghai à l’occasion du 400e anniversaire de la Capitale nationale du Québec, qui se tient cette année en 2008. Ce sont plus de 80 étudiants qui se sont livrés à l’exercice, organisé par le Bureau du Québec à Shanghai. 2 gagnants de la dictée se rendront à la grande finale internationale qui aura lieu à Québec, le 15 mars de cette année. Selon l’article, la Dictée est donnée chaque année dans cette ville et permet au Bureau du Québec de faire connaître la culture québécoise, tout en maintenant ses liens avec des partenaires institutionnels tels que l’Alliance française de Shanghai (dans les locaux de laquelle se déroule l’évènement) et plusieurs universités et écoles secondaire chinoises affiliées.

Quelques liens:

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